• Chapitre 4

     

     

     

    Novembre 1990

    — Mademoiselle Van Büren ! M'entendez-vous ? Demanda, Joséphine Begson, sa conseillère d'orientation d’une voix molle.

    Empestait-elle encore l'alcool ? La veille, elle s'était éclipsée hors des locaux pour rejoindre une bande d'athlètes. Ivre morte, elle avait fini sa soirée dans les buissons. Si bien qu'à présent la gueule de bois la menaçait.

    Ses yeux plantés droit dans les siens auraient dû la mettre mal à l’aise, mais elle ne ressentait rien. Pas un remords, même pas un chouilla.

    — Avez-vous une explication cohérente à me fournir ?

    Non, mourrait-elle d’envie de lui répondre. Aucun mot n'était assez fort pour justifier son comportement. Ces derniers temps, elle ne respectait plus le règlement et passait son temps à quitter en douce l’enceinte de l’établissement. Elle écumait les soirées, sortait avec des garçons plus âgés et rentrait ivre au petit matin. En petite-fille modèle, elle aurait dû se concentrer sur son jeu, préparer sa défense, or, il n’en était rien. Blessée à l’idée de devoir rester sur le banc de touche, elle noyait sa déception en se rebellant. Mais dans le plus grand des secrets.


    Pourtant suite la disparition de Victoria, il était difficile de se retrouver seule pour réaliser les quatre cent coups. Un surveillant se tenait toujours aux aguets prêt à sanctionner un élève qui tenterait de se faire la malle. Tous les subterfuges étaient bons pour espérer ne pas se faire prendre.

    La jeune Saint Léger demeurait aux abonnés absents depuis trois longs mois. Ses amies proches ne se parlaient plus et dès qu'elles se croisaient, l'air devenait électrisant.

    L'ambiance morose avait conduit à l'annulation des festivités d'Halloween. En réalité, l'équipe enseignante était totalement désarmée face à la situation. La discrète afro-américaine avait mystérieusement disparu non pas en dehors des locaux, mais bel et bien au sein de l'école. La responsabilité leur incombait et un procès ne tarderait pas à voir le jour.

    Scarlett s'enfonça dans le fauteuil capitonné camel, blasée. Elle porta ses ongles à sa bouche gagnée par l'anxiété.

    — Et je ne vous parle même pas de vos notes. Que des D. Si vous continuez de la sorte, je serai dans l'obligation d'en avertir vos parents. Sachez que l’échec n’a pas sa place à Sainte-Bernadette. Si vous ne vous reprenez pas en main très vite, la direction n'hésitera pas à se séparer de vous.

    Sa poitrine se serra. Avertir son père ?

    Hors de question. Elle devrait rentrer illico à Paris et supporter ses demi-soeurs. Ces deux petites teignes sans scrupules, se faisaient un malin plaisir à manipuler leur mère. Bien qu'Isobel et Carla Modigliani n'aient que douze ans, celles-ci manipulaient avec faciliter leur entourage. Elles épiaient constamment Scarlett et ce même lorsque la jeune fille prenait sa douche, n'hésitant pas à la mitrailler avec leur vieux polaroid. Leurs crasses ne cessaient d'empirer depuis que le père de Scarlett les avaient adoptées.

    Cette vision lui donna le tournis. Le bureau, pourtant spacieux, lui semblait exigu et tanguait atrocement. Elle essaya de centrer son attention sur le cadre photo dans lequel, Mrs Bergson en tenue de diplômée roucoulait aux côtés de son petit ami. Sans succès.

    La panique s’emparait d’elle à une vitesse folle.

    — Je vais me reprendre. Je vous l'assure. Laissez mes parents en dehors de cela pour le moment.

    Elle lui fit son regard de cocker.

    Joséphine renversa le pot de crayons de couleur qui ornait son bureau en merbau lorsqu'elle se leva pour s’installer à ses côtés.

    — Je suis navrée Scarlett, mais vous pensez que j’ignore ce que cette moue signifie. Votre comportement n'est pas digne d'une pensionnaire de Sainte-Bernadette. Vous dites vouloir vous reprendre en main…

    L’adolescente s’apprêtait à lui répondre, mais elle la fit taire d’un simple geste.

    — Bien… Vous ne me laissez pas d'autres choix…


  • Commentaires

    1
    Jeudi 27 Juillet à 21:49

    Vivement la suite. Bonne soirée à toi.



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